1. Il était une fois, dans un monde bien pourri

J’en peux plus. Il ne se passe pas vingt-quatre heures sans que quelque chose me donne envie de crier, d’hurler, d’appuyer sur un bouton rouge qui ferait sauter cette fichue planète.

C’est ça, vieillir ? Trouver chaque jour le monde et les gens qui le peuplent un peu plus insupportables que la veille ? Franchement, ça craint. Les fumeurs, le racisme, les gros lourds qui te reluquent dans la rue, le fanatisme religieux, la fragilité du vernis à ongles, les impôts, la carotte géante qui préside les États-Unis, la pauvreté, mes cheveux qui bouchent la baignoire, la fin de Jane the Virgin, et maintenant une saleté de pandémie qui gêne la poursuite des rares activités encore fun de ma vie (vacances, sport, sorties entre copines).

T’es au bout du rouleau, ma petite Sarah, et il va bien falloir que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. Sinon c’est l’explosion garantie.

Je pourrais parler ! Mais à qui ? Une copine ? Bof, soyons honnêtes, elles écoutent le temps minimum nécessaire à la courtoisie avant de me déverser les leurs, de soucis. Un professionnel ? Non merci, ça coûte cher, et puis j’aurais trop peur qu’il me juge. Mon mari ? Et puis quoi encore ? Autant relire chaque soir un post-it sur le miroir de la salle de bain sur lequel j’aurais écrit « Bah quoi ? C’est la vie ! ».

Non, ce qu’il me faut, c’est un truc facile, rapide, léger, dans lequel je peux déverser ma frustration, ma mauvaise humeur et tout ce qui me passe par la tête, sans retenue, sans prendre de gant, sans devoir rester sage et polie.

Pourquoi ne pas commencer un blog ? Mais c’est une excellente idée ! Surtout que quinze ans après le début du phénomène, je ne risque plus d’attirer les foules, avec mes petits écrits. Et puis, c’est pratique, un blog, j’ai pas besoin d’ouvrir la bouche, je peux le gérer en douce sur mon temps de travail, sans compter que… Oui, Sarah-Prudente ? Rester anonyme ? Évidemment ma chère ! On change les prénoms, on évite de donner trop d’infos sur les lieux, et comme ça je peux balancer grave toutes les saloperies que… Oui, quoi encore ? Faire quand même attention à ne pas dire trop de conneries ? Ce qu’il se passerait si quelqu’un finissait par me reconnaître ? Et bien comme dirais le Monsieur qui ronfle, là, dans mon lit : c’est la vie !

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